IAIN BAXTER (courte biographie)
L'artiste Iain Baxter se souvient que Bates "a montré au jeune artiste que j'étais, par son exemple, comment avoir le courage de mes convictions, comment questionner les attitudes de la société, et avoir confiance et force dans mes propos. Dans mon développement personnel, il fut la personne-clé, et je réalise maintenant qu'il était une sorte de maître Zen – de ceux qui communiquent les vérités et les encouragements par ses déclarations et ses actes."
- Iain Baxter, communication à Nancy Townshend, 6 novembre 2000.
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FERDINAND ECKHARDT (courte biographie)
Entre tous les peintres canadiens, Maxwell Bates occupe une position plutôt unique.
Parmi les vents tourbillonnants des tendances en perpétuel changement, qui forcent même l'artiste âgé à réadapter ses concepts, créer des formes plus excitantes et inventer des effets tapageurs, il est l'un des rares à avoir maintenu son individualité au fil des ans. Même dans ses années de jeunesse, son but, à l'encontre de la plupart de ses collègues canadiens, tendait moins vers la peinture esthétique à la française que vers l'abrupte interprétation de la vie, version germanique.
S'il avait eu des idoles, celles-ci n'auraient pas été Cézanne, Matisse, les Cubistes, Picasso ou Braque (encore qu'il se soit laissé influencer par l'un ou l'autre), mais plutôt les Expressionnistes allemands – des gens comme Beckmann, ou les Belges Ensor et Permeke.
Le sujet de ses peintures n'est pas tant le paysage et les natures mortes que le personnage humain, dans tout ce qu'il comporte d'excitations et de distorsions, isolément ou en groupe, éparpillé de façon rythmique – ou plutôt sans souci – à travers l'arrière-plan. Le résultat est âpre et dissonant, en apparence inesthétique, remuant, provocant et dérangeant. Ses images sont colorées, et il est toujours intègre envers lui-même. Il préfère parler que de prononcer des euphémismes. Il est critique et sarcastique. Cependant, sa peinture n'est pas qu'une peinture pour les yeux. Elle secoue la structure de la société ainsi que nos idéaux. Il a une bonne perception de ce qui est essentiel, de ce qui se trouve sous la peau, derrière le visage humain, derrière le comportement humain...
Après un récent problème de santé dont il s'est remis, il est devenu plus actif que jamais. Ses couleurs sont éclatantes de vitalité, les formes comme secouées par un tremblement de terre, et il attaque et touche avec esprit. Très souvent, ses sujets et personnages sont macabres...
- Ferdinand Eckhardt, "Maxwell Bates", Winnipeg Art Gallery, 1968.
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TED GODWIN (courte biographie)
Il en est un qui était toujours au-dessus des autres, et c'est de Max Bates qu'il s'agit. Pour mes amis et moi-même, il était M. Bates (l'Artiste distingué).
- Ted Godwin, "En voyage avec Max", 2, Ted Godwin, (mémoires non publiées). Godwin fit, adolescent, connaissance de Bates à la Coste House, le centre artistique de Calgary après-guerre.
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COLIN GRAHAM (courte biographie)
1
Max, à mes yeux, a toujours été l'incarnation même de cette Nature sans compromis que sont les Prairies.
- Colin Graham, extrait du script pour le film de Janice Starko "Maxwell Bates: Life Work", p. 39.
2 Un expressionniste également formaliste est chose assez rare en peinture, et pourtant cela décrit bien Maxwell Bates... L'organisation de ses toiles est pour le moins aussi forte que l'émotion communiquée.
Les sentiments de Bates sont communiqués sans retenue...
(...) Bates, en fait, était le pionnier canadien du Modernisme et avait plutôt apprécié d'être vertement critiqué, à Calgary en 1928, pour ses peintures abstraites.
Bien que des influences extérieures aient enrichi sa perception des formes, l'essentiel de Bates était visible dès le début. Peinte en 1929 à l'âge de 23 ans, 'La famille aux poires' comprenait déjà tous les éléments de base de son style et de sa perspective: le sens assuré du motif, cette fascination idiosyncrasique pour les formes rayées, les contours très expressifs, le flair pour créer des personnages mémorables et d'une manière ou d'une autre violemment émotifs, enfin le plaisir sensuel de l'huile comme médium.
L'âpre distorsion des caractéristiques du visage et la caricature en apparence cruelle rendent nombre de ses peintures inoubliables, et même les plus fins observateurs sont parfois parvenus à la conclusion que Bates était un misanthrope cynique et dégoûté du monde, faisant déborder avec rage ses réactions envers la Nature et la fâcheuse situation de l'Homme.
(...) Et pourtant, (...) il n'est, au Canada, pas d'artiste plus généreux d'esprit, ou dont le côté bourru masque un cœur plus chaleureux. Toute personne ayant officié au sein d'un jury avec lui aura vite remarqué sa générosité vis-à-vis d'une faute, en particulier si l'artiste est jeune et sincère.
Quelques critiques, ainsi que la plupart des principaux artistes de l'ouest et du centre du Canada savent depuis belle lurette qu'il est l'un de nos peintres nationaux les plus sous-estimés…
Autant dans la forme que dans le contenu, son œuvre a la richesse, la densité et l'originalité qui nous assurent, en ces années 70, que ses meilleures peintures survivront à l'épreuve des ans et s'avèreront, à juste titre et de façon permanente, comme des contributions majeures à l'art au Canada.
Cela ne veut pas dire que Bates soit sentimental. Il a de l'esprit et une grande perception, qui se manifestent de façon dévastatrice dans des œuvres tel que sa série sur le Grand Hôtel...
En dépit d'une attaque qui l'a partiellement paralysé en 1961, il a surmonté ses handicaps physiques avec une volonté indomptable, et les quinze années qui se sont écoulées depuis ont été très richement productives.
- Colin Graham, "Maxwell Bates", Arts West (vol. 1, #4) 1976.
3 Ces six dernières années (1960-66), la peinture de Maxwell Bates a atteint une maturité d'une riche expressivité, aboutissement de trente années de croissance et d'expérience.
Désormais en pleine possession de ses moyens, travaillant avec aise quelles que soient les conventions de formes, usant avec facilité de la couleur comme d'un facteur émotionnel et décoratif, il est parvenu à développer une iconographie entièrement sienne, étonnante et obsédante. Il semble qu'il n'y ait au Canada rien de similaire dans toute la gamme de l'art.
Sombre et souvent macabre, mais parfois éclairé d'un humour sardonique non dénué de compassion, cette iconographie se concentre sur le personnage humain, dont le traitement positionne assurément Bates dans la tradition expressionniste du 20ème siècle.
Il se détourne parfois des visions sombres de la condition humaine pour les plaisirs du paysage et de la nature morte. D'autres fois, il rend la critique perplexe avec ses compositions au trait net, de dérivation cubiste. Tout cela est finalement assez naturel pour un peintre qui, dans les années 30, était un pionnier canadien du Cubisme, a passé une grande partie de sa vie maniant le té d'architecte, et qui voyait ces excursions autant comme un soulagement que comme une discipline, après l'influence que son travail expressionniste avait sur ses émotions.
Les remarquables réalisations de ces six dernières années ont rarement été vues dans le reste du pays. Pour cette raison, l'Art Gallery of Greater Victoria, à l'occasion de la célébration de son centenaire en 1966, a choisi de monter une exposition sous forme de rétrospective, qui mettra l'accent sur cette période et voyagera par la suite à travers le Canada.
- Colin Graham, "Maxwell Bates" (Victoria: Art Gallery of Greater Victoria, 1966).
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ILLINGWORTH KERR (courte biographie)
1
La personne qui, plus que quiconque, m'a aidé à me définir est probablement Max Bates (...) Nous avions l'habitude d'être très critiques sur notre travail, et de partager nos opinions. Max représentait une force très puissante en Alberta. Les jeunes le respectaient tout autant que nous.
- Illingworth Kerr, lors d'une entrevue avec Anne Nash, août 1985; transcription, pp. 8-9; ASA Oral Histories
2
En Alberta, nous considérons Maxwell Bates comme le doyen de nos peintres modernes. C'est le premier artiste, canadien de naissance, à avoir atteint une envergure nationale. Il est le premier à ne pas avoir cédé au régionalisme, dans un environnement pittoresque qui dictait la direction d'autres artistes pionniers.
(...) Bien qu'il nie tout commentaire social intentionnel, Bates est un iconoclaste. Il a été un briseur d'images, pour les profanes comme pour les étudiants en art, à divers degrés. Les jeunes peintres ne l'imitent pas, ils suivent son exemple. Ses contemporains ont partagé avec lui une amitié riche. Il nous manque.
- Illingworth Kerr, pièce jointe à une lettre adressée à Terry Guernsey, conservateur, Vancouver Art Gallery, 1973; Maxwell Bates, en rétrospective, 1921-1971
3
La carrière de Maxwell Bates, peintre, lithographe, architecte et écrivain, est caractérisée par le niveau élevé de son œuvre créative, et par l'influence puissante qu'il a exercée dans le domaine de l'art au Canada, particulièrement dans l'Ouest...
(...) En dépit d'un profond respect pour les formes traditionnelles, il a toujours été un iconoclaste à l'égard de la position académique, et son évolution en tant que peintre fut peu orthodoxe.
(...) Son intensité, ainsi que la gamme étendue de ses recherches, commandent un respect immédiat: ses contemporains ont toujours confessé qu'ils se sentaient une dette envers lui.
(...) A travers les périodiques, les reproductions, et les voyages (New York puis l'Europe), Maxwell Bates restait toujours bien informé, et bien qu'il ne fut pas au sens propre un meneur et un organisateur, il a exercé une profonde influence (...) Il est devenu le doyen de l'art moderne en Alberta.
(...) Maxwell Bates explore constamment de nouveaux procédés techniques qui interpellent le regard, et il a plusieurs fois employé divers niveaux d'abstraction, non-objectifs par exemple. Pourtant, il insiste sur le sens du contenu, le message, et il est principalement un peintre figuratif. Sa couleur est presque invariablement riche, rehaussée d'une texture mystérieuse, individuelle, poétique. La gamme de ses sujets est immense – paysages de nature, paysages urbains, personnages, natures mortes –, avec des nuances de surréalisme, de commentaire social acerbe, de fantaisie ou de compassion qui sont toujours du 'pur Bates': une vision projetée à travers sa puissante imagination.
- Illingworth Kerr, extraits, lors de la déclaration de soutien à Maxwell Bates pour l'obtention de son Doctorat à titre honorifique à l'Université de Calgary, 28 novembre 1967
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RUSSELL KEZIERE (courte biographie)
(...) [Il] était l'un des artistes canadiens les plus fréquemment exposés à Londres, dans les années 30...
(...) On se souviendra de Bates comme du premier peintre canadien figuratif (...) Les personnages de Bates sont curieusement anachroniques. Ils paraissent sortis des pages du Journal de bord berlinois de Chrisher Isherwood, d'où fut tiré le scénario de Cabaret. Les hommes portent des vestes mille-raies, des moustaches, des chapeaux melons. On pense au professeur de Bates à New York, Max Beckman, ainsi qu'à George Grosz, plus pessimiste. Les personnages de Bates, dans cette exposition, n'avaient pas de mains, de bras ni de visage. Les êtres humains sont figurés comme des mannequins, sans présence ni pouvoir. C'est du moins l'impression première. Car sous la surface, sous l'esquisse de ces hommes dont le monocle aveugle les yeux, existe la sensation que l'existence est bonne, quoique problématique.
Je crois que ce sont ces portraits et ces personnage dont je me souviendrai le plus à propos de Max Bates, les gens du cirque, les autoportraits, les parodies sociales, les dessins à l'encre, touchants et profus, de la vie de prisonnier de guerre, dans un camp. Il était l'un des meilleurs peintres figuratifs, avec une vision aussi personnelle que les nôtres.
(...) Mais Max Bates a réalisé ici son art le meilleur [dans l'Ouest canadien]. Et de cela nous pouvons être fiers.
- Russell Keziere, lors d'un commentaire en mémoire de l'artiste Maxwell Bates, lors de sa mort à Victoria en 1980. CBC REVIEW, 26.10.80 transcription.
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ROY KIYOOKA (courte biographie)
1
"
Max Bates était, à l'extérieur de l'école, celui que je respectais en tant qu' artiste. Il est certainement l'un de mes principaux mentors."
- Roy Kiyooka lors d'une entrevue avec Chris Varley, Roy K. Kiyooka: 25 Years, (Vancouver: Vancouver Art Gallery, 1975), p.4.
2
"
Bates était un homme doté d'une force de volonté incroyable, prodigieuse, ça oui." (en référence à la façon dont Bates s'était remis de sa première attaque en 1961, mais aussi à sa personnalité)
- tire du script du film de Janice Starko, Maxwell Bates: Life Work, p. 52.
3
Bates "leur parlait d'égal à égal et de façon très humaine," se souvient Roy Kiyooka.
- Kay Snow, "Maxwell Bates: Biography of an Artiste", p.61
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PAUL A. KYLE (courte biographie)
A l'occasion, un artiste émerge, et son effet puissant se manifeste sur un grand nombre. Maxwell Bates était l'un de ceux-là. Son impact a été particulièrement ressenti par d'autres artistes, qui n'étaient pas nécessairement proche de son style, des artistes comme Roy Kiyooka, Michael Morris, et Joseph Kyle, tous trois devenus connus pour leurs peintures purement abstraites et souvent minimalistes. D'autres ont été profondément influencés par Max Bates, comme John Snow, Myfanwy Pavelic, Jack Shadbolt, Eric Metcalfe, Ronald Bloore, et Gordon Smith, pour ne citer que ceux-ci.
Connaître Max, c'était faire l'expérience de la franchise et de l'honnêteté, deux qualités présentes dans chaque œuvre que j'ai pu voir de lui. Il avait l'art d'atteindre l'essence même de nos émotions et de s'en emparer, forçant souvent le spectateur à se confronter à une partie de lui-même, ce qui peut parfois être assez dérangeant. Max n'était pas connu pour ses jolies peintures, mais la vision représentée dans ses travaux possède une profonde beauté. La condition humaine importait à ses yeux, et il coupait au scalpel dans la pompe et le superflu, laissant le spectateur dans un sentiment de vulnérabilité pour lui avoir rappelé ses qualités humaines, qualités dont nous pouvons penser qu'elles nous affaiblissent alors qu'elles sont en fait notre plus grande force.
Je me sens réellement privilégié d'avoir connu Max dans ses dernières années, et d'avoir partagé avec lui une merveilleuse amitié. Comme tant d'autres, il m'a profondément touché de son vivant, et continue à le faire à travers l'importante œuvre qu'il nous a laissé.
- Paul Kyle, "Quelques mots du Conservateur", Victoria College of Art Gallery, 15 novembre- 15 décembre 1992.
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JOAN LOWNDES (courte biographie)
1
[Bates] est l'un des nos artistes les plus européens et les plus littéraires, peintre des gens et de la condition humaine (...) Il se donne la noble ambition de commenter le destin de l'Homme, symbolisé par des pantins, épouvantails, crucifixions et mendiants rois.
Ils sont profondément ancrés dans les mémoires de la tradition européenne. Les gens du cirque, par exemple, évoquent Daumier, Degas, Seurat et les premières œuvres de Picasso, tandis que les crucifixions, soulignées de noir comme de profondes entailles, évoquent la récente exposition graphique ayant eu lieu ici, d'Expressionnistes allemands.
Et de tout cela, grâce à l'intensité de ses sentiments et de son talent, Bates a composé un amalgame personnel d'une complexité et d'une puissance extraordinaire...
Ainsi, il apparaît comme un personnage unique sur la scène canadienne, dont cette revue ne fait que confirmer et grandement renforcer la valeur.
(...) On note une continuité dans le développement de Bates (...) Il disait: 'Je ne crois pas avoir fondamentalement changé mon point de vue depuis 1930, avant mon départ pour l'Angleterre.'
Il avait déjà amorcé, avant son infarctus, tous les thèmes tragiques de ses pantins, épouvantails et crucifixions, ainsi que ses rendus sauvagement sardoniques de gens traînant dans les cocktail-parties.
Mais tout s'est intensifié après 1961...
Qui plus est, les images de Bates se marient pour enrichir leurs connotations respectives. Les invités d'une fête deviennent des pantins, se balançant raides au bout d'une corde pour confronter le spectateur...
Il peut s'adonner aux souvenirs fantaisistes d'un périple qu'il fit enfant, avec ses parents, dans les Grands Hôtels d'Europe. Cette série de 25 monotypes fournit un merveilleux aperçu de son goût insatiable pour le motif: losanges, lignes, complexité des motifs imprimés, sinuosités Art Nouveau de plantes en pots et de colonnes corinthiennes – le tout formant un arrière-plan emmêlé d'ou émergent graduellement personnages et visages.
Il n'est pas facile de prendre toute la mesure de Max Bates...
- Joan Lowndes, "Maxwell Bates collection steeped in memories of European tradition", Vancouver Sun, 19 janvier 1973.
2
(...) Presque tous les thèmes tragiques de Bates étaient déjà amorcés avant son infarctus. Il a toujours adopté un point de vue sombre sur l'existence.
(...) Toujours présente, on note une incessante intensité et une maîtrise du support quel qu'il soit: lithographie, monotype, aquarelle, huile.
(...) La destinée humaine est sa principale préoccupation. En ce sens, il est le plus européen de nos artistes...
(...) Son œuvre est ancrée dans la tradition européenne. Ses joueurs de carte évoquent immanquablement Cézanne, ses gens du cirque le Picasso des débuts, ses crucifixions profondément soulignées de noir les profondes gravures sur bois des Expressionnistes allemands ainsi que Rouault – encore qu'elles aient pu naître, tout simplement, de son enfance, jouant à assembler des morceaux colorés de verre et de porcelaine pour créer des motifs.
Il ne fait pas de doute que la peinture la plus ambitieuse de Bates vise à créer une métaphore de la condition humaine. S'il en trouvait une aussi originale que les versions de Bacon du Pape Innocent X, de Velázquez, hurlant comme un torturé, ou du Marat/Sade de Weiss, ou de Fin de partie de Beckett – qu'il admirait – il accéderait au renom international. Ses pantins, clowns, épouvantails et crucifixions sont des symboles classiques, rechargé il est vrai d'une émotion féroce. Son Christ suspendu sur la croix est l'un des ses nombreux autoportraits. Ses clowns-pantins se cramponnent en conspirant, comme s'ils marmonnaient des protestations contre leur marionnettiste. Un épouvantail surpris regarde, impuissant, tandis que des femmes bruyantes en déroute – bouches rouge framboise, chair écarlate, jupes relevées au-dessus de l'entrejambe - déambulent comme rendues folles par un aphrodisiaque.
Il commence à construire sa propre mythologie. Il unit les opposés dans ses mendiants rois vêtus de guenilles colorées et portant la couronne comme un chapeau en papier lors d'une fête du Jour de l'An. Il fait la satire de la cocktail-party, devenue allégorie de l'aliénation moderne. Pas de conversation, juste des pantins se balançant raides au bout d'un fil traversant la toile, chacun étreignant un verre opiacé, gainés de silence. Dans Nuit de Népenthes, deux femmes affichent des seins nus, polis et cloutés comme des boucliers. Partout, une agressivité brute féminine née de l'ennui et du désespoir. Il me semble que cette transformation d'une convention sociale ordinaire est l'une des déclarations les plus puissantes et hallucinantes de Bates.
D'autres chevauchements de l'imagerie l'ont conduit de la crucifixion au cimetière, où paradent ses clowns et ses rois estropiés. Puis de là vers la danse macabre de la Duchesse d'Aquitaine, où les plantes sont aussi des croix et les squelettes des hérauts.
Ces visions jaillissent d'une profonde couche de pessimisme...
Son tour de force, en matière d'invention décorative et de fantaisie soutenue, est Les secrets du Grand Hôtel, une série de 25 monotypes réalisés en 1964-1965. Ceux-ci sont basés sur les souvenirs à la fois réels et imaginaires du voyage qu'il fit, enfant, avec ses parents. Il a rassemblé une merveilleuse distribution d'employés de bureau hautains, de vieilles débauchées, de femmes de mauvaise vie, de généraux russes sur le départ, d'actrice parisienne, de maharadjah et son entourage, pour ne mentionner que les principaux. Lui-même se dissimule à moitié dans un sous-bois luxuriant de plantes en pots, de colonnes ioniques et corinthiennes, de rouleaux en S et de motifs en dentelles, réminiscences Art Nouveau des balcons et salles à manger sophistiquées d'autrefois.
(...) Une rétrospective laisse supposer un résumé, mais il est impossible de résumer Bates. Tout ce que vous pourriez dire à son sujet comporterait une exception. Le résultat, au bout du compte, est une sorte de synergie où l'impact total est plus grand que la somme des parties très variées.
- Joan Lowndes, "Maxwell Bates: In Retrospect 1921-1971", artscanada (vol. XXX, No. 2), mai 1973, pp. 59-63.
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JOCK MACDONALD (courte biographie)
1
"
Qui a jamais dit que votre travail comportait de la lourdeur et de la brutalité? Ce n'est pas vrai. Certainement, il y a de la sévérité et de la solidité. La sévérité tient, à mon avis, aux caractéristiques climatiques que vivent les habitants de l'Alberta, ou personne ne pourrait trouver une formation classique ou un raffinement des formes, davantage aptes à exister dans un climat plus clément. J'ai trouvé que votre sensibilité et votre puissance déclamatoire étaient des qualités tout à fait uniques – extrêmement personnelles, résolument vouées à l'art, et d'une contribution vitale pour tous. Maintenant le changement se fait sentir. Merveilleux!"
- Jock Macdonald dans une lettre du 2 juillet 1954 à Maxwell Bates, tiré de sa correspondance au McCord Museum.
2
"
Rien ne me plairait plus que si vous écriviez [un article sur l'art de Macdonald dans Canadian Art] – vous écrivez superbement. J'ai une très haute estime de votre jugement et de vos opinions (...) Mais recevoir quelque chose de votre part serait un honneur pour moi."
- Jock Macdonald dans une lettre du 15 avril 1956 à Maxwell Bates, tiré de sa correspondance au McCord Museum.
3
"
(...) C'est cette qualité insaisissable qui caractérise votre œuvre unique – quels que soient les mots employés pour la décrire, ils ne captureront pas l'(illisible) essence de votre peinture. Je suis stupéfait par la remarque de Kerr suggérant que vous puissiez devenir 'repoussant'. Vous avez bien trop de bonté et d'affection en vous pour suggérer la moindre idée d'être 'repoussant'...je ne suis pas d'accord – non MONSIEUR! Ça n'a aucun sens."
- Jock Macdonald dans une lettre du 30 juillet 1956 à Maxwell Bates, tiré de sa correspondance au McCord Museum.
sommet
MICHAEL MORRIS (courte biographie)
Maxwell Bates est l'un des rares artistes de sa génération à avoir, dans l'ouest du Canada, conservé un capital de respect et d'admiration auprès de plusieurs générations de peintres. Sa résolution et son aptitude à capter et comprendre "l'instant" sans pour autant qu'il interfère avec son propre but, ont servi d'exemple à des peintres tels que Roy Kiyooka, Ron Bloore, Iain Baxter, et moi-même.
La majorité de son œuvre n'a pas encore reçu la consécration qu'elle mérite. Maxwell Bates n'a jamais fait part de l'establishment: il n'a jamais enseigné de façon formelle ou été affilié, comme c'est couramment le cas, à telle ou telle galerie. C'est un homme qu'il faut aller chercher et approcher selon ses propres conditions.
Ses sujets d'intérêt sont privés, souvent d'ordre littéraire et très satiriques. Ils traitent presque exclusivement de sa propre expérience, sa propre condition. C'est un documentaliste, et il garde de très nombreux carnets de notes, photos et esquisses qui fournissent de stupéfiants détails et une authenticité à toute son œuvre.
Il y a, dans celle-ci, des références aux grandes tendances de la peinture du 20ème siècle, mais ce serait trop simplifier que d 'approcher sa peinture sous l'angle de l'expressionnisme ou du surréalisme, bien qu'il ait passé plus de seize ans en Europe, et ait étudié avec Beckman à New York. Maxwell Bates avait absorbé ces influences pour créer une mythologie personnelle sans compromission.
- Michael Morris, "Maxwell Bates and Eric Metcalfe" (Vancouver: University of British Columbia, 1967).
sommet
J. McL. NICOLL (courte biographie)
Notre société a établi une catégorie où, de temps en temps, elle élève l'un de ses membres, qui par son accomplissement en tant qu'artiste et sa contribution au progrès et au bien-être des arts visuels, mérite notre reconnaissance officielle ainsi que toute autre distinction que l'on puisse lui conférer.
Depuis un certain temps a grandi en nous le profond désir d'honorer l'un de nos membres les plus estimés. Maxwell Bates, il y a de nombreuses années, s'éveillait à l'évolution des formes et attitudes, qui s'étaient concrétisées en une brillante forme d'expression en Europe, et c'est avec une résolution louable qu'il avait bravé l'indifférence et même l'hostilité de notre communauté pionnière et étroitement provinciale de Calgary. Après des années d'étude et de développement en Angleterre, et un mûrissement au contact de l'art européen et du conflit militaire, il est revenu à Calgary, et pendant ces vingt dernières années, il a non seulement acquis, avec régularité, une reconnaissance internationale, mais aussi a-t-il contribué à fertiliser culturellement sa ville natale et sa province.
Nous sommes fiers de ses nombreux succès dans les principales galeries et expositions du Canada et des Etats-Unis. Nos artistes régionaux ont bénéficié de son aide, ses encouragements et son exemple fécond, et nous lui en sommes reconnaissants. Ses critiques publiées et ses essais d'une grande perception et justesse d'analyse nous ont stimulés, et nous sommes pleinement conscients de la valeur de son travail bénévole, au sein des jurys et comités, où il transmet une direction et une impulsion aux mouvements artistiques à Calgary et dans la province de l'Alberta.
Je suis personnellement heureux de représenter les nombreux amis et admirateurs de Maxwell, en le nommant Membre Honoraire de l'[Alberta Society of Artists].
- J.McL. Nicoll, Minutes de la réunion annuelle de l'Alberta Society of Artists, 26 mai 1962, Calgary, Provincial Archives of Alberta, acc. no. 77.203.
sommet
FRANK NOWOSAD (courte biographie)
Bien que Maxwell Bates ait passé les 18 dernières années de sa vie à Victoria, c'était essentiellement un artiste des Prairies. La fermière usée, droite dans le vent froid du printemps, une soudaine et saisonnière explosion de couleur au milieu d'un paysage désolé, une nature morte aux ustensiles humbles et aux fleurs maigrichonnes, tout cela contribue au portrait morne, mais émouvant, de la vie des Prairies canadiennes.
Même la fascination de Bates pour l'exotique – les malveillants et miteux personnages de cirque et les voluptueuses filles de spectacle qui passaient alors dans ces villages pitoyables – suggère une intensité née des privations dans les Prairies.
Comme tant d'autres, Bates trouva à Victoria un climat hospitalier et un environnement tranquille pour y travailler. Et dans une certaine mesure, Victoria respecta cette greffe. La quantité d'œuvres détenues par l'Art Gallery of Greater Victoria, qui présente une rétrospective jusqu'à samedi, dépasse de loin celle du Glenbow Museum de Calgary… une surprise quand on sait que Bates naquit à Calgary et y vécut la majeure partie de sa vie.
Bates était un homme petit et réticent. Des sourcils broussailleux et une allure sévère l'unissaient physiquement aux nains sinistres qui fréquentent ses peintures. Dans une entrevue, il était le cauchemar du journaliste, capable d'ulcérer les présentatrices d'émissions débats les plus fouineuses et amatrices de ragots, d'un inflexible et solitaire oui ou non. Il parlait rarement de son propre travail, signifant ainsi que ses peintures étaient là pour être regardées et non commentées.
Envers les autres artistes, il affichait un soutien et une générosité sans réserve. On les voit dans son œuvre, personnages isolés, peut-être assis dans une taverne buvant une bière, ou traînant sur le côté dans une cocktail-party ou lors d'un vernissage. Il appelait invariablement ces âmes-sœurs Poètes, dans ses études de portrait.
Il aimait les femmes. Aux yeux larges, bien en chair, fertiles, elles fleurissent dans ses peintures. Par ailleurs, toujours attiré par les couleurs vives et les motifs audacieux, Bates exploitait à l'extrême les aspects de la mode et des fantaisies féminines. Les filles sur papier glacé de Vogue ou McCall's devenaient plus grandes et plus éblouissantes sous sa main. Elles enflaient parfois hors de proportion, alors viragos et hommasses aussi menaçantes que la belle-mère des anciennes bandes dessinées de Maggie & Jiggs.
Dans le catalogue de la rétrospective, une citation de Bates apparaît dans les premiers mots de l'essai: "Je suis un produit de la période Art Nouveau, rogné par le vent des Prairies."
Ses passions pour le motif et le design renforcent quelque peu cette révélation proclamée, mais Bates était trop agité, trop individuel, et trop cru pour être enfermé dans un style aussi raffiné et délicat que l'Art Nouveau, en vérité dans n'importe quel style. Il traçait son propre chemin tortueux.
Il gardait toujours un œil sur le travail des autres artistes. Les expériences au coup de pinceau, les usages excentriques de l'espace, ou la surligne marquée des formes, à la Rouault, indiquent qu'il empruntait librement aux maîtres passés de l'Impressionnisme et de l'Expressionnisme.
Il s'agissait pourtant d'une éducation par correspondance, initialement glanée dans quelques livres d'art et dans les exemplaires de Studio, plus tard nourrie par ses études en Angleterre et à New York. Sa vision, formée par l'Art Occidental du 20ème siècle, gardait une intégrité idiosyncrasique.
Un de mes amis s'exclama auprès de Bates, "J'adorerais posséder une de vos merveilleuses caricatures." Ce à quoi Bates répondit brusquement "Quelles caricatures?"
Sa façon de voir n'était pas conventionnelle et lui permettait de percevoir le monde de manière étonnante. Concernant cette curieuse vision, il n'était absolument pas analytique; probablement parce qu'il trouvait cela normal.
Les collections de ses œuvres, comme cette rétrospective, avec leurs paysages penchés et leurs habitants bien particuliers, causent chez le spectateur un sentiment similaire à celui de pénétrer à travers une fissure de la conscience conventionnelle – devenant une Alice errant dans un Pays des Merveilles fracturé.
Si l'humour est présent, il est du type 'Punch and Judy'. Sous les tromperies se trouve une réalité désespérée. Une cocktail-party à la Bates est simplement un autre de ces shows de Punch and Judy, avec davantage de pantins, dans des costumes différents...
- Frank Nowosad, "The Prairie Artiste Who Looked at Life Bleakly" The Vancouver Sun, 13 octobre 1982.
sommet
P.K. PAGE (courte biographie)
1
"
... Toute personne ayant eu la vision de ce que l'Homme pourrait devenir doit, juste après, le voir, au milieu de son évolution, comme un être déformé. "Ô, pauvre homme, mi-animal, mi-ange." Ne pouvant être que vil en regard de ses possibilités. Je cois que c'est là l'essence du message de Bates."
- P.K. Page, "Maxwell Bates: The Print Gallery, Victoria, Février-Mars 1970", artscanada, avril 1970, 62.
2
"
Je crois que Max s'intéressait beaucoup à ce que l'on pourrait appeler le mystère central de la vie. Cela se manifestait de plusieurs façons... Je pense qu'il y avait une grande ambivalence. Je crois qu'il était curieux, et cependant prudent et peu désireux de s'engager plus avant."
- P.K. Page, extrait d'une transcription du film de Janice Starko, Maxwell Bates: Life Work, p. 48-49.
sommet
FRANK PALMER (courte biographie)
"Je ne pense pas que quiconque saura jamais apprécier totalement l'influence que Max a eu pour l'artiste à Calgary... Il est celui qui a entamé le discours. Avant lui, vraiment, il n'y avait rien.."
- Frank Palmer, dans une entrevue avec June Montgomery, 30 novembre 1987, transcriptions/cassettes audio de l'Alberta Society of Artists, pp.8-9.
sommet
MYFANWY PAVELIC (courte biographie)
"Maxwell Bates – notre dirigeant des Limners – nous a donné force et cohésion."
- Myfanwy Pavelic, communication à Nancy Townshend, 8 mars 2002.
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DORIS SHADBOLT (courte biographie)
"Il semble que peu d'artistes avancés en âge bénéficient d'un respect si profond et chaleureux, autant pour la contribution soutenue qu'il a apporté à l'Art canadien durant toutes ces années que pour son humanité."
- Doris Shadbolt, "Maxwell Bates in Retrospect, 1921-1971" (Vancouver: Vancouver Art Gallery, 1973), p. 1.
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JACK SHADBOLT (courte biographie)
Il est, parmi les artistes, de ces rares personnalités dont l'influence exercée sur leurs proches ou sur ceux qui ont gravité dans leur orbite se traduit par une quasi-légende.
Cela est dû avant tout à leurs talents créatifs, si convaincants qu'ils attirent les partisans. Mais il y a définitivement autre chose. Cela ressemble à une confiance en soi totale, jamais remise en question, dans leur domaine artistique de prédilection, et qui brûle pendant toute une vie sans laisser de résidu. Ils brûlent propre. D'une certaine façon, il s'agit d'une conviction innée d'innocence naturelle, aussi sophistiquée qu'elle puisse paraître.
Pourtant, au-delà de celle-ci, et peut-être grâce à elle, ils possèdent une force morale qui leur permet de s'élever au-dessus de l'adversité. Max Bates, comme feu Jack Chambers, avait toutes ces qualités.
Une telle simplification est bien sûr présomptueuse. Pourtant, l'impact de telles vies reste clair. La légende de Chambers est désormais bien établie, et en effet ses amis et admirateurs établissent une Fondation en son nom, qui sera une contribution à la scène artistique canadienne. Max Bates ayant vécu presque comme un reclus dans cette ville excentrée qu'est Victoria, C.-B., handicapé dans sa chaise pendant de nombreuses années, sa légende est moins répandue. Mais son aura n'en est pas moins tangible. Pour les habitants de la Côte, et en Alberta où il débuta sa carrière en art et en architecture, son nom est révéré, sa légende fait des émules. Il avait les tripes et le courage physique de continuer à travailler; il évitait ainsi l'érosion de l'amertume. Ses vues étaient grinçantes mais douces sous l'apparence de dureté. Il voyait le monde sans illusions, mais avec un esprit de tolérance. Il ne se réfugiait pas dans le rêve ou le réalisme magique. Son monde était celui de l'artiste satirique, réaliste et empli de compassion. Sa technique et ses vues étaient issues de Max Beckman, avec qui il avait étudié et qu'il admirait sans réserve, mais les extensions de ces dernières étaient les siennes, uniques. Il avait une sorte de modernité brute, curieusement angulaire, des formes, jamais enjolivée, et qui pourtant, dans ce raccourci du positionnement d'un personnage et dans la mise en lumière de détails significatifs, était si révélatrice sur le plan psychologique, et créait une étonnante authenticité. Il travaillait à partir de la vie, la vie telle qu'il la vivait; observateur tranquille, dans un coin, qui ne rate rien. Il lisait beaucoup, fin lecteur de poésie, et cela aussi conditionnait sa perspective. Nul doute qu'il était un maître de l'aquarelle – bien que ses modes d'expression et la maîtrise qu'il en avait fussent très variés.
Je sais que sa biographie et son œuvre seront prises en considération en temps utile. Ce qui compte, pour l'instant, c'est de dire qu'il était apprécié en tant que personne pour son humour, sa perspicacité et les encouragements qu'il prodiguait aux jeunes artistes, que tous ses amis étaient profondément inquiets entre son dernier infarctus et le moment de sa mort, et qu'ils sont très émus de sa disparition de la scène artistique. Dans le climat de l'art, sa présence avait changé quelque chose. Et ceux qui le connaissaient intimement savent l'immense gratitude que l'on doit à sa femme Charlotte, qui par son constant dévouement, lui permit de poursuivre son art.
-Jack Shadbolt, "Maxwell Bates (1906-1980)", artscanada 37 (décembre 1980/janvier 1981): p. 2.
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DAVID P. SILCOX (courte biographie)
A la mort de Maxwell Bates l'an dernier, le Canada a perdu un peintre, un poète et un architecte rare, aux qualités grandement méconnues. Jusque tard dans sa vie, seuls quelques collègues artistes reconnaissaient la valeur unique de son esprit inquisiteur et souvent sarcastique. Il était à leurs yeux un modèle, un défricheur. Dans un de ses poèmes, il
Devint un vagabond
Des espaces vides
Sans le bénéfice des cartes,
Usant du compas de l'esprit:
L'aiguille de l'attention
Pointant toujours
Vers ce que l'on ne m'avait pas dit.
C'était un homme aux contradictions curieuses. Ses peintures sont peuplées de mendiants et de rois, de pantins et d'anges, de prostituées et de fermiers, de clowns et de saints, de crucifixions et d'épouvantails. Il était tour à tour compassionnel et acerbe. Alors prisonnier de guerre, il avait assisté à la dégradation de la dignité humaine dans les camps de concentration, et néanmoins célébrait la liberté de l'esprit humain, la capacité de l'esprit à imaginer et rêver. Cet homme, qui conçut, supervisa la construction et se chargea des éléments décoratifs de la Cathédrale St. Mary à Calgary, pouvait également écrire (un rappel caustique à chacun, peut-être):
Si quelque Fondation fournit les fonds
Il y va, s'asseoit et pète
A la Conférence Internationale des Arts,
Et raconte des conneries
A ceux emprisonnés dans les stands.
Parler sensé n'est pas nécessaire;
Qui donc le fait?
C'est le charabia qui marche,
Pour montrer sa participation à l'art.
Il est tout alerte
Lors d'une cocktail-party
Ou d'un vernissage.
Devient horriblement savant
Mentionnant des faits
Que personne ne connaît.
Débordant de fausse modestie
Comme une conduite d'égout fêlée.
Maxwell Bates fut l'un des pionniers canadiens, homme tenace et sophistiqué, à la hauteur des artistes européens, lecteur avide et bien plus cultivé qu'il ne le prétendait parfois, qui par l'esprit ramenait le monde entier en sa maison à Calgary, qui écrivait de la poésie en Allemand, qui exerçait son métier d'architecte tout en continuant à peindre et dessiner. Il possédait un grand courage, non seulement celui de poursuivre son œuvre pendant des années, en dépit de la souffrance physique et des épreuves de la vie, mais aussi celui de dire franchement ce qu'il pensait, d'exprimer sa vision du monde. Il a élargi les horizons et apporté la connaissance à une communauté souvent hostile. Sa persévérance est un exemple et une force pour les jeunes artistes.
Nous sommes parfois trop lents à honorer les grands personnages autour de nous. Cet hommage posthume que nous lui rendons, Maxwell Bates l'accepterait sûrement avec joie. Et pourtant, ô combien sa présence eût été préférable, pour accepter l'hommage rendu à son œuvre, l'œuvre d'une vie entière. Nous nous consolons en sachant que ses constructions, ses écrits et ses nombreuses peintures garderont vivants sa présence dans le Canada d'aujourd'hui et de demain. Mais il nous demanderait de porter notre attention sur les artistes vivants, ceux qui, tout comme lui, représentent cette capacité qu'a l'Homme de créer, d'étirer les limites de la connaissance et de la compréhension, et de rendre grâce et valeur à la vie.
- David P. Silcox, "Maxwell Bates: Diplômes d'Honneur", 1981
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ROBIN SKELTON (courte biographie)
"... Lorsque vint le 70ème anniversaire de Max, et alors qu'une grande rétrospective se préparait à l'Art Gallery of Greater Victoria, certains d'entre nous décidèrent que l'évènement devait aller au-delà des formalités officielles, et nous organisâmes une fête en son honneur, dans ma grande maison à Oak Bay. Afin de lui montrer combien nous aimions son travail, nous montâmes notre propre rétrospective Maxwell Bates au rez-de-chaussée, empruntant à ses amis les peintures de leurs collections, y compris certaines œuvres de jeunesse que Max avait totalement oubliées. Son frère Bill, P.K. Page, Herbert Siebner, Myfanwy Pavelic, Burton et Erika Kurth, tous prêtèrent des peintures. Puisqu'il avait, volontairement ou non, caricaturé nombre d'entre nous, nous décidâmes en retour de caricaturer ses peintures, et arrivâmes à la fête déguisés comme les personnages de son œuvre, ou parfois comme des personnages dont nous pensions qu'il avait omis de les peindre simplement par accident. Myfanwy Pavelic, dont les peintures et dessins de Max la représentent avec tant de précision et d'affection, se transforma en 'fille de fête', alors que son mari, Nikko, incarnait un Roi imposant. Flemming Jorgensen était un clown, Elza Mayhew et Rita Morris des femmes de ménage. Herbert Siebner portait un chapeau de safari et un masque, et sa femme Hannelore, était un épouvantail attirant et incohérent. Les pièces étaient remplies d'artistes prétendant être des peintures.
Max avait dit "Pas de cadeaux," mais ça nous ne le savions pas, et lorsqu'il s'assit à sa chaise, munie d'une tablette pour y poser un verre qui ne désemplissait pas, la pile de cadeaux grandit autour de lui. Les artistes lui offraient des estampes, des dessins et parfois des objets qui semblaient appropriés à l'évènement. Le maire de Victoria, Peter Pollen, lui offrit un œuf d'autruche. Max, enfin et malgré lui traité comme une célébrité, pardonna notre hommage plein d'affection pour lui, gloussa joyeusement sous les baisers de ces dames, et répondit par un large sourire aux félicitations joviales de ses amis. De sa chaise, il parcourut la foule de clowns, mendiants, rois, ainsi que les dessins et peintures qui témoignaient d'un dévouement de plus de cinquante ans, et rayonna de plaisir. Quand la fête se termina et que les créatures de son imagination commencèrent à s'évanouir dans la nuit, il nous remercia en nous gratifiant d'un discours de la longueur habituelle: "Merci," dit Max. "C'était une bonne fête." Puis encore, dans son écharpe, alors qu'il descendait les marches, "Merci." C'était nous qui le remerciions. Max nous avait enrichis, encore et encore, et continue à ce jour. Nous ne fîmes pas semblant de faire partie de ses peintures, nous sommes tous dans ses peintures, chacun d'entre nous, et faisons partie de cette humanité qu'il moquait, aimait et servait.
- Robin Skelton, "Max at Seventy", Visual Arts Newsletter, Alberta Department of Culture and Multiculturalism, 5 (hiver 1983): p. 3.
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JOHN HAROLD THOMAS SNOW (courte biographie)
... Né à Calgary, Bates est un artiste dont la réputation internationale se base sur la vitalité intellectuelle et spirituelle de son œuvre...
... Il était, je pense, l'influence culturelle la plus forte, la plus durable et la plus progressiste au sein de la Communauté, de 1946 à 1962. C'est principalement par l'exemple et l'encouragement qu'il transmettait des qualités de confiance aux jeunes artistes. En raison de sa contribution à la vie intellectuelle en Alberta, il fut élu membre honoraire de l'Alberta Society of Architects, et membre de l'Institut International des Arts et des Lettres, en Suisse...
Maxwell Bates, superbe coloriste, a toute sa vie produit une œuvre forte et créative, au concept hautement original, qui a considérablement contribué à l'effort canadien en matière d'art.
- John Snow, "Extraits, lors de la déclaration de soutien à Maxwell Bates pour l'obtention de son Doctorat à titre honorifique à l'Université de Calgary", 29 novembre 1967
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JOHN VANCE SNOW (courte biographie)
Le barbelé est tranché, enfin.
Poussière et espace, qui mirent
les esprits moindres à genoux,
courent dans ses veines aussi fort que
les grognements de l'Ouest des années 30
quand les fermiers soulevaient la question.
"
Comment va la récolte?"
Le prophète, chroniqueur des petites fortunes de la Place Pigalle,
ménagères vêtues de coton,
survivants
mendiants rois
ne demandaient rien,
lorgnaient la charité,
hurlaient à la tendresse
tel le vent qui poussa
dix mille rêves vers le néant.
Le mendiant lui-même, fier comme Nehemiah,
appelait en pleurant à la destruction d'un monde de carnaval,
et assit Sibylline avec le Barman,
les yeux comme des projecteurs de poursuite à Checkpoint Charlie,
en attente.
L'homme aimait les cocktail parties, assis sur la ligne de touche,
Piégeait à la palette les âmes imprudentes
attrapait les innocents pour qu'ils s'examinent,
attirait des Hansels sociaux afin de les faire grossir
pour ses tartes aux multiples couleurs.
A l'âge de cinq ans, je le croyais lutin roi,
rôdant dans les ombres, prêt à bondir.
Seigneur Troll, quand j'avais cinq ans.
A dix ans, le bossu pour sa propre cathédrale.
L'homme avait un barbelé au cœur,
artères de haine,
un stock pour toute la vie, de vérité parfumée à la pruche.
Lui et le Barman s'appréciaient, si l'on veut.
A sa mort, les Hansels coururent
arracher les bonbons peints de la maison,
oubliant les pierres centrales,
Incrustées de miroirs.
Le Barman versa au vieil homme
une dernière rasade
sans oublier le bâtonnet à cocktail en fil de fer barbelé
pour autant.
- John Vance Snow, "In Memoriam: Maxwell Bates 1906-1980", The Malahat Review 62 (juillet 1982) 202-03
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RONALD GYO-ZO SPICKETT (courte biographie)
1
"
Max fut le premier homme, hormis Jock Macdonald, à élever avec sérieux l'art au niveau adéquat."
- Ron Spickett dans une entrevue avec Townshend, 1er décembre 1996.
2
"
La route plus large, celle de la Vie-même, était cette perspicacité plus grande qui unissait Max aux autres. Il était touché, et il nous touchait."
- Ron Spickett cité par Kay Snow, "Maxwell Bates: Biography of an Artist", p. 124
3
Max en passant.
J'ai toujours considéré l'Art comme un exercice spirituel.
Cela n'a, dans cette optique, rien de spécial, car les exercices spirituels sont un art de vivre. La création d'une œuvre d'art en est la preuve par le geste, et Max Bates le savait bien. Avancer sur cette Terre avec la connaissance, voilà l'effort de l'artiste. Et non la simple fabrication de formes artistiques.
Max savait cela, et avançait avec la grâce de la connaissance, même quand la douleur accompagnait ce mouvement.
Le grand intérêt que Max avait pour les idées, la quête et le processus, le maintenait plus proche de ses amis que ne l'aurait fait une simple affinité pour la vocation.
Dans les premières années de l'Art à Calgary (années 40 et 50), Max offrit non seulement les fondations d'une amitié, mais également une affirmation de la créativité à une nouvelle moisson d' 'artistes tâtonnants'.
Pour d'aucuns, comme moi, l'Art était tout simplement une Voie.
Une route vers l'intérieur.
La route plus grande, celle de la Vie-même, était cette perspicacité plus grande qui unissait Max aux autres. Il était touché, et nous étions touchés par lui.
Août 1989
- Ron Spickett, cité dans "Maxwell Bates: Biography of an Artist", Kathleen M. Snow, (Calgary: University of Calgary Press, 1993), p. 124. Basé sur une lettre de Spickett à Kathleen M. Snow, 10 mai 1989.
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IAN THOM (courte biographie)
"La plupart d'entre nous n'observons pas aussi complètement, aussi bien, et avec autant de profondeur que Max Bates. A travers cette qualité de "voir", présente dans toute son œuvre, il nous enseigne une extraordinaire leçon, et je crois que cela demeurera l'un de ses legs les plus importants... Bates voyait la vie, voyait l'art, avec une extraordinaire intensité, et c'est cette intensité qui, je crois, est l'une des gloires majeures de son art."
- Ian Thom, extrait du script du film de Janice Starko, Maxwell Bates: Life Work, p. 55-56.
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NANCY TOWNSHEND (courte biographie)
Cette exposition virtuelle concerne la vraie culture de Calgary, reflète son importante tradition artistique au 20ème siècle et exprime intrinsèquement ses valeurs profondes.
Max est né ici, en 1906. Calgary le modela jusqu'en 1931, où il partit à Londres. Il y plaça Calgary sur la carte artistique, puis encore, de 1946 à 1961, quand Max revint y vivre.
Et pourtant, pour plusieurs raisons importantes, l'identification de Calgary à Maxwell Bates fut presque perdue.
Cette exposition virtuelle a l'honneur d'inclure six œuvres du Glenbow Museum (tout particulièrement Femme des Prairies (1947), don vieux d'une cinquantaine d'années de Mme F.G. Garbutt, habitante de Calgary de longue date) ainsi qu'une œuvre du Musée des beaux-arts du Canada.
En contraste, l'Art Gallery of Greater Victoria a recueilli 96 de vos œuvres - Max, vous avez vécu à Victoria de 1961 à 1980 et étiez le meneur non avoué des Limners – comprenant les chefs-d'œuvre Maternelle (1965) et Odalisque (1970). La Vancouver Art Gallery n'est pas loin derrière avec 59 œuvres, dont votre spirituelle série littéraire Les secrets du Grand Hôtel. Si la National Gallery élargissait son programme d'utilisation et de recherche au Fonds Maxwell Bates, Collections spéciales de la bibliothèque de l'Université de Calgary, ainsi qu'à ces galeries, alors des recherches et études pourraient être entreprises sur vous-même et votre art, Max, et les expositions consacrées à votre art pourraient être mieux encadrées.
De plus, les habitants de Calgary de longue date se sont battus pour maintenir leur identité, leurs croyances et leur conduite, face au changement constant. Cette histoire vraie s'est presque évanouie face au post-modernisme, au structuralisme, à l'ethnicité, à l'identité des sexes et au féminisme, thèmes sur lesquels l'enseignement post-secondaire et les galeries d'art public ont mis l'accent depuis 1985 environ. Max, vous ne rentriez pas vraiment dans ces catégories.
Vous incarniez Calgary, encore et encore. Je vous comprends, vous et votre art. Cette grande ville culturelle, Calgary, et le grand artiste Maxwell Bates sont synonymes!
Pour raconter cette histoire, Max, celle de tout ce que vous avez accompli, une meilleure éducation du public est nécessaire. La rétrospective de Ian Thom en 1982, ainsi que mon spectacle Paysage, la même année, ont initié cette action. Nous avons appris beaucoup sur vous dans le livre de Kathleen M. Snow "Maxwell Bates: Biography of an Artiste" (Calgary: University of Calgary Press, 1993).
Peut-être que toi, cher Internet, avec ta capacité à faciliter, à l'échelle mondiale, la démocratisation des arts et la dissémination de l'information en anglais et en français, saura faire la différence! Et la véritable culture de l'art moderne, en ce Calgary du 20ème siècle – en particulier l'œuvre de Max pour l'humanité – sera préservée et survivra!
- Nancy Townshend, "Une exaltation de Calgary, de Maxwell Bates, et de l'Internet", 2003
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LUCY WERTHEIM (courte biographie)
"Votre travail m'a apporté beaucoup de plaisir."
- Lucy Wertheim, dans une lettre adressée à Maxwell Bates en date du 31 mai 1959, Fonds Maxwell Bates, Collections spéciales, Fonds #439/89.1, dossier #22.2, Bibliothèque de l'Université de Calgary.
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MONCRIEFF WILLIAMSON (courte biographie)
"Je crois peut-être que cette communication cachée est une qualité qui sous-tend la majorité des estampes et des peintures de Maxwell Bates, et que c'est la raison pour laquelle il s'est élevé à une position presque incontestable, d'un point de vue critique… M. Bates est lui-même une personne très complexe et dynamique: poète, visionnaire, peintre, lithographe et enfin, écrivain accompli et architecte. A sa façon, complexe, il est l'un des Canadiens les plus importants et les plus signifiants…"
- Moncrieff Williamson, "Wide range, complex talents characterize Maxwell Bates", Victoria Daily Times, 23 novembre 1963 (revue critique sur les deux expositions de Bates à Ego Interiors).
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